Le nouveau décret anti-décrochage de la Belgique : ce que les écoles de la FWB doivent changer d'ici août 2026
Ce n’est pas l’histoire d’un problème nouveau, mais celle d’une loi vieille de deux ans qui connaît sa première vraie révision — et de ce que cette révision révèle sur l’écart entre l’intention politique et la capacité réelle du système. Pour tout administrateur, où qu’il se trouve, chargé du suivi des présences, des exclusions ou des processus de réinscription, la réforme de la FWB constitue un cas d’école : elle montre à quelle vitesse un outil de conformité « provisoire » peut devenir une infrastructure permanente, et à quel point des changements de procédure en apparence purement administratifs peuvent devenir, du jour au lendemain, un sujet de controverse politique.
Le 6 juillet 2026, la Commission de l’éducation du Parlement de la Communauté française de Belgique (Fédération Wallonie-Bruxelles, ou FWB) a approuvé des amendements à un décret qui n’existe que depuis mai 2024 — le texte encadrant les exclusions scolaires, le suivi du décrochage et les refus de réinscription. Les écoles primaires doivent s’y conformer dès août 2026 ; les écoles secondaires suivront en 2027.
Ce que l’amendement change concrètement
Le décret initial du 16 mai 2024 posait le cadre de base : une exclusion suppose un comportement qui « compromet l’intégrité ou l’organisation de l’établissement » ou cause un « préjudice matériel ou moral grave », les familles disposent de 10 jours ouvrables pour faire appel, et quatre chambres de recours inter-réseaux doivent statuer dans un délai de 20 jours ouvrables scolaires. Les écoles qui refusent de réintégrer un élève après l’annulation d’une exclusion perdent leur financement pour l’année. Ces chambres de recours n’ont vu leur compétence entrer en vigueur que le 24 août 2026 — une échéance qui coïncide largement avec le déploiement du nouvel amendement dans les écoles primaires (base légale RefLI).
L’amendement de juillet 2026 ajoute trois changements à ce socle, selon la ministre de l’Éducation Valérie Glatigny (MR) :
- Le suivi des présences est automatisé. Le dossier d’accompagnement de l’élève DAccE — l’outil central de suivi des élèves à risque — sera désormais rempli automatiquement à partir d’un système de présence unifié, au lieu de nécessiter une double saisie manuelle (La Libre).
- Le délai de justification des absences double, passant de 5 à 10 jours, laissant aux familles plus de temps pour documenter une absence avant qu’elle ne soit comptabilisée dans le dossier de l’élève (La Libre).
- Les procédures d’exclusion et de réinscription s’accélèrent. Le délai de transmission des dossiers pour les recours en exclusion passe de 10 à 5 jours ouvrables, et le pouvoir de l’administration d’imposer la réinscription d’un élève exclu s’étend à l’ensemble des réseaux d’enseignement, et non plus aux seules écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles (communiqué du MR ; DH.net).
Le discours du gouvernement est cohérent d’une source à l’autre : le décret « clarifie le rôle des acteurs et renforce les outils de vérification des présences en classe » (RTBF), et l’objectif, selon les mots de la ministre Glatigny, est de « simplifier le travail quotidien des équipes éducatives » afin qu’elles « puissent consacrer plus de temps à l’accompagnement des élèves » plutôt qu’à des tâches administratives redondantes (communiqué du MR).
L’ampleur du problème visé par le décret
Les chiffres derrière cette réforme méritent qu’on s’y arrête. Au cours de l’année scolaire 2024-2025, la Communauté française a enregistré 2 362 mesures d’exclusion définitive et 1 609 refus de réinscription prononcés en fin d’année (DH.net). La députée PS Ersel Kaynak a cité une tendance encore plus marquée du côté du décrochage : le nombre de cas est passé d’environ 50 000 en 2020-2021 à 93 000 en 2023-2024 — un chiffre qu’elle a utilisé pour soutenir que le gouvernement démantèle, plutôt qu’il ne renforce, « le dispositif anti-décrochage adopté il y a deux ans » (La Libre).
La justification avancée par la ministre Glatigny pour accélérer les procédures d’exclusion et de réinscription relève de la même logique qui sous-tend généralement les politiques de prévention du décrochage : « plus l’intervention est précoce, plus [les chances de maintien de l’élève] sont grandes » (RTBF), l’objectif étant « d’éviter qu’un élève exclu ne reste trop longtemps sans solution, ce qui accroît le risque de décrochage » (DH.net). Il s’agit là d’un objectif politique affiché, non d’un résultat mesuré — l’amendement n’est encore entré en vigueur nulle part, de sorte que tout ce qui précède décrit ce que la réforme change sur le papier, et non ce qu’elle produit dans la pratique.
Le décret s’inscrit par ailleurs dans un engagement de plus longue date. Le Pacte pour un enseignement d’excellence, vieux d’une décennie, avait fixé pour objectif de réduire de moitié le taux de décrochage de la région (RTBF) — un objectif que cet amendement semble, au moins en partie, destiné à servir.
Pourquoi l’opposition parle d’une « école à deux vitesses »
L’amendement a été adopté en Commission de l’éducation grâce au soutien de la majorité (MR-Les Engagés), tandis que tous les partis d’opposition — PS, Écolo et PTB — ont voté contre ou l’ont publiquement condamné (BX1 ; RTBF). Bruno Bauwens, du PTB, a qualifié ces changements de création d’« une école à deux vitesses » — un système scolaire à deux niveaux qui pénaliserait de manière disproportionnée les élèves défavorisés —, une inquiétude également soulevée par Écolo, tandis que la députée PS Ersel Kaynak a, de son côté, affirmé que le gouvernement « démantèle » plutôt qu’il ne renforce le dispositif anti-décrochage adopté il y a deux ans (La Libre).
L’inquiétude précise porte sur le fait que l’allongement du délai de justification des absences et l’accélération des recours en exclusion constituent des correctifs procéduraux qui viennent se greffer sur un système que les membres de l’opposition jugent encore sous-doté en moyens. Tous les partis d’opposition s’accordent à dire que le gouvernement n’a pas résolu les problèmes de financement et de manque de personnel, alors même qu’il resserre les rouages administratifs autour des présences et des exclusions (La Libre).
Cette critique survient dans un contexte de tensions plus larges. Des enseignants ont manifesté devant le Parlement de la FWB le 8 juillet 2026, scandant « Glatigny démission » et dénonçant la hausse des frais de scolarité, l’ajout de deux heures de cours hebdomadaires pour les enseignants du secondaire supérieur, un durcissement des dispositions relatives à la maladie, ainsi que des suppressions de postes — des mesures distinctes du décret anti-décrochage lui-même (L’Avenir). Ces manifestations ne visaient pas principalement le décret sur le décrochage, mais elles montrent que cette réforme arrive dans un système déjà sous tension sur le plan du financement et des effectifs.
La réforme administrative n’est pas le seul facteur en jeu
Il serait erroné de ne voir dans l’affaire de la FWB qu’un débat sur la paperasse et les délais. Les données de l’OCDE montrent que le taux de décrochage en premier cycle universitaire (bachelier) chez les primo-entrants de la Communauté française atteint 21 %, bien au-dessus de la moyenne de l’OCDE, qui est de 13 % (contre 12 % en Flandre) (OCDE, Regards sur l’éducation 2025). Le même rapport constate que les salaires des enseignants du primaire en Communauté française sont inférieurs de 22 % à ceux de travailleurs comparables diplômés du supérieur, contre un écart moyen de 17 % dans l’OCDE. Rien de tout cela ne prouve que la simplification administrative soit une mauvaise piste, mais cela signifie qu’un suivi des présences et des recours en exclusion plus rapides ne constituent, au mieux, qu’un levier parmi d’autres — le financement, les effectifs et les rémunérations semblent corrélés au risque de décrochage que ce décret cherche à combattre.
Ce que cela signifie si vous dirigez un établissement scolaire
Même en dehors de la Belgique, la réforme de la FWB constitue un point de référence utile : elle remplace la double saisie manuelle par un système de présence automatisé et unifié, raccourcit les délais de notification et de recours, et laisse aux familles un peu plus de marge pour documenter une absence avant qu’elle ne se transforme en antécédent disciplinaire. Les établissements qui souhaitent combler un écart similaire entre intention politique et capacité opérationnelle — que leur juridiction l’impose ou non — auraient besoin, dans les grandes lignes, du même socle opérationnel : un seul relevé de présence, saisi une fois, visible par toutes les parties prenantes concernées, avec une notification rapide et traçable dès qu’un élève franchit un seuil de risque.
Concrètement, cela se traduit par trois habitudes à mettre en place dès maintenant, quelle que soit la réglementation locale :
- Un point de saisie unique pour les absences. Lorsqu’un enseignant signale un élève absent, ce relevé doit alimenter automatiquement le dossier de l’élève — sans nouvelle saisie manuelle dans un système de suivi distinct, et sans étape de réconciliation où deux relevés peuvent finir par diverger.
- Un déclencheur de notification permanent. Lorsqu’un élève franchit un seuil défini (par exemple, trois absences non justifiées sur une fenêtre glissante de 30 jours), un message automatique part le jour même vers la famille et le personnel d’accompagnement désigné — par notification dans l’application ou par SMS, et non par un mot glissé dans le cartable —, ce qui leur laisse tout le délai de justification pour réagir au lieu de perdre des jours dans les circuits internes. En pratique : un élève atteint sa troisième absence non justifiée sur un mois glissant un mardi après-midi ; dès le mardi soir, un parent et le conseiller d’accompagnement désigné ont tous deux reçu une alerte le jour même, et non un mot qui rentre dans le cartable et ne refait surface qu’une semaine plus tard.
- Un historique horodaté et documenté des exclusions et réinscriptions. Si une école doit un jour démontrer qu’elle a notifié une famille dans le délai requis, ou qu’un dossier de recours a été transmis à temps, cette trace doit exister automatiquement, et non être reconstituée après coup à partir de fils d’e-mails.
Le compte à rebours de la mise en conformité a déjà commencé
Les écoles primaires belges ont une échéance ferme : août 2026. Les écoles secondaires ont jusqu’en 2027. Le changement de fond que la FWB impose — passer d’une paperasse de présence manuelle et redondante à un suivi automatisé et unifié, assorti d’une notification plus rapide des familles — répond à un écart opérationnel qui n’est pas propre à la Belgique. Les écoles ailleurs qui attendraient l’arrivée de leur propre version de ce décret avant de construire cette infrastructure de base referaient en quelques semaines, dans l’urgence, ce qui aurait pu être fait progressivement.
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Références
Pour les références et sources, voir la version anglaise de cet article.
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